Montreuil, le salon du livre jeunesse et moi

Publié le par Hysterikmum

Montreuil, le salon du livre jeunesse et moi

J'ai toujours eu du mal à me donner certains rôles:

Je n'arrive pas à dire que je suis une femme et pourtant à 27 ans, il serait temps que je réalise que je ne suis plus une petite fille, ni une ado, ni une jeune fille de 19 ans.

J'ai eu deux enfants, mais rien n'y fait, je ne me sens pas adulte, ni femme, juste moi.

Et puis, je n'arrive pas à dire de moi, sans avoir la sensation de me mentir, que je suis illustratrice jeunesse.
C'est un fait, j'ai illustré des livres pour enfants et une super collection de BD ludo-éducatives se profile pour septembre 2015, dont je serais l'illustratrice .

Mais c'est plus fort que moi, je ne me sens pas "légitime", c'est comme si tous les autres avaient droit de l'être, sauf moi.

J'ai choisi un métier pas comme les autres:

J'ai eu envie de bercer les songes des enfants comme moi j'avais été bercée.

J'ai aimé inventer des histoires et j'étais plutôt bonne en rédaction à l'école.

Mais j'ai toujours eu un réel problème avec l'orthographe et avouons-le, pour un auteur, ça craint.

Et puis, j'ai toujours eu besoin de gratter avec mon stylo sur une feuille à l'école.

Je pense qu'en réalité j'avais un trouble de l'attention.

Lorsque je ne dessinais pas, il m'était impossible de suivre un cours.

Je fixais le professeur qui faisait son cours, puis ses chaussures, le tableau et de file en aiguille je m'étais perdue.

Gribouiller sur un coin de copie me permettait de me concentrer, mais ce n'était pas du goût de mes professeurs et je finissais collée ou punie.

Je crois que si je ne me sens pas légitime aujourd'hui, c'est aussi peut-être parce que je n'ai jamais eu la chance de faire de grandes écoles d'art.

J'aurais adoré c'est sûr, mais ma priorité a vite été de travailler pour essayer de trouver mon indépendance et clairement, je n'aurais pas pu payer ces études.

J'ai laissé de côté très longtemps mes crayons et les ai repris lorsqu'à cinq mois de grossesse, j'étais arrêtée pour risque d'accouchement prématuré (il a fallu aller le chercher au final ... bref).

J'avais envie de laisser une trace de cette période, sans pour autant remplir les fameux livres de grossesse.

De mes débuts tremblants, je suis passée à l'envie de devenir illustratrice jeunesse et me voilà, quelques années plus tard et des publications dans mon sac à dos.

Le métier d'illustrateur est très difficile.

Exit les horaires de bureaux, bonjour les journées à rallonge et le travail de nuit.

J'ai parfois l'impression que c'est une lutte permanente.

C'est une lutte pour trouver un contrat et pour être éditée, c'est une lutte pour être payée à sa juste valeur, c'est une lutte pour faire connaitre son travail et pour être reconnu.

Je ne pense pas qu'il existe un emploi dans lequel on se retrouve autant confronté à des refus (des éditeurs).

les non s’enchaînent, parfois le manque de réponse obsède au point d'en devenir dingo.

C'est comme si ton patron n'était jamais content de toi, tu prends souvent des sacrés coups au moral...

Je me suis déjà vu actualiser frénétiquement ma boîte mail dans l'attente d'une réponse, rendant ma journée inefficace.

Beaucoup de gens pensent que les auteurs et les illustrateurs vivent dans la stratosphère, qu'ils mangent des petits fours avec l’élite et qu'ils gagnent bien leur vie, c'est faux.

Rare sont ceux qui "en vivent".

Alors, à défaut de sous et pour se "consoler un peu", on se nourrit du contact des gens qui achètent nos livres et de l'idée que leurs enfants le tiendront entre leurs mains.

Mais ça ne paye pas les factures.

Et les salons sont là pour nous rappeler qu'il faut sortir de nos grottes respectives.

S'il y a un salon que j'affectionne, c'est celui de Montreuil.

Il est spécialisé dans l'édiction jeunesse et j'y retrouve les copains et copines de la France entière.

Oui bien sur, au début, je voulais rencontrer les éditeurs, leur montrer mes projets qui cherchaient une jolie maison, mais l'accueil chaleureux n'était pas toujours au rendez-vous.

Le salon du livre jeunesse reste une grande librairie géante et à part rendez-vous pris (oulala c'est compliqué), les éditeurs n'ont pas vraiment ni le temps, ni l'envie de te recevoir toi "artiste incomprise" avec tes "dessins".

Montreuil, c'est THE sortie de l'année qui te permet, selon qui tu rencontres d'en ressortir complètement déprimé ou vraiment reboosté.

Il y a les copains qui dédicacent (croisez pour que j'y sois moi-aussi l'année prochaine), ceux avec qui tu te fais un sandwich entre les allées ou au sous-sol.

C'est un peu comme une réunion de famille "tu deviens quoi, tu as fais quoi depuis l'année dernière?".

Et puis, tu mets enfin des visages sur des avatars facebook et ça fait tout drôle, car tu n'imaginais pas les gens comme ça et eux non plus ne t'imaginaient pas comme ça.

On partage tellement, qu'on rentre tous toujours malades (l'année dernière, j'ai eu la grippe).

Je viens de passer deux jours à Montreuil et ça m'a fait un bien fou.

j'ai envie de me surpasser cette année et j'espère que cela paiera.

Montreuil, le salon du livre jeunesse et moi

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Lylou 28/11/2014 21:20

Je regarde toujours tes illustrations sur ton blog, je te lis parfois (manque de temps souvent) mais je ne commente jamais.
Là je me permets... Grâce à mon blog, orienté littérature jeunesse, j'ai eu la chance de tisser des liens ou de converser avec des auteurs et des illustrateurs.
Beaucoup, même certains qui dédicacent en ce moment à Montreuil, décrivent ce que tu écris si bien : les refus, l'attente parfois insoutenable, le peu de rentrée d'argent...
Ces sont des conditions de travail particulières et difficiles. Mais tu as choisi un merveilleux métier qui fait rêver enfants et parents !
Les illustrations destinées à la jeunesse sont pour moi une bouffée d'oxygène, un émerveillement, une pause dans un quotidien parfois morose. Quand je vois ma fille observer en détail des illustrations je suis émue et je me réjouis de regarder avec elle.
Tu peux être fière de ce beau métier qui est le tien ! Et oui, vas-y, surpasse-toi, ça paiera !

mems 27/11/2014 23:24

te souhaite la reconnaissance que tu merites.

sofye soo 27/11/2014 21:16

Oui pas facile de faire reconnaitre son talent ,il faut tj se démener ,alors un petit tour sur le stand C26 ?