"Une fille grosse comme moi"

Publié le par Hysterikmum

"Une fille grosse comme moi"

Ce n'est pas d'aujourd'hui, mais je suis de plus en plus consternée par la grossophobie ambiante que je constate au quotidien, que ce soit sur les réseaux, dans la rue, les magasins ...

Et c'est vrai que cette forme de racisme, on en parle pas vraiment, parce qu'après tout, "si elle est grosse, c'est de sa faute !".

C'est ce genre de remarques, dîtes à haute voix ou pensée tout bas qui stigmatise les personnes en surpois ou atteintes d'obésité et ce, dès l'école.

(attention 3615 my life)

Je me souviens que lorsque j'étais en CM2, j'étais amoureuse d'un garçon qui s'appelait Anderson.

Une de mes "amies" lui avait tout balancé et il avait répondu qu'il ne voulait pas "d'une fille grosse comme moi".

Voilà comment a commencé ma vie amoureuse, pourtant à l'époque, je n'étais pas vraiment "grosse", j'étais rondouillette, mais déjà j'étais "la grosse".

Ma mère m dit que je suis "ronde" et décide qu'elle et moi devrions nous mettre au régime, le premier de ma vie.

J'ai 11 ans, nous sommes en juillet et c'est ma dernière fois en colonie, car dans un mois, j'aurais 12 ans (l'âge limite de cette colonie).

Cette année, je suis heureuse, j'ai mes amies avec moi, nous sommes des pré-ado et nous soucions tellement de notre apparence que nous nous changeons deux à trois fois par jour.

Les dames de la laverie ont demandé à Mounia, une animatrice aussi responsable de l'infirmerie, de nous interdire de continuer à remplir la panière à linge à cette vitesse.

J'ai un peu flashé sur ce garçon qui s'appelle jéremy, c'est vrai (ouai bon à cet âge-là, on est amoureux toutes les deux secondes), je ne rêve que d'une chose, qu'il m'invite à la boom de fin de séjour.

Une amie lui en parle, je suis encore une fois "trop grosse" (et il dansera à la boom avec elle).

Je ne sais pas trop quoi faire, je ne mange pourtant pas beaucoup, alors peut-être que si je ne mangeais plus, je maigrirais, ça serait un peu comme un régime ?

Alors, je ne mange plus, une animatrice me repère, elle me dit qu'elle sait ce que je fais et m'envoie à l'infirmerie.

Mounia, mon animatrice de chambre et infirmière, me parle de "l'anorexie", elle me dit que si je ne mange pas, elle appellera ma mère.

Alors je mange, mais un tout petit peu, je me dégoute à vrai dire, alors je vais vomir.

Personne ne voit rien et personne ne dira rien à ma mère.

J'ai 12 ans et rien ne va plus avec ma mère. je la déteste autant que je l'aime, je lui en veux de tout et n'importe quoi, mais surtout de ne pas avoir de père, juste l'histoire d'un ivrogne qui bat les femmes.

Je lui vomis au visage toute la haine que j'ai, je suis une adolescente révoltée, elle ne me dit jamais qu'elle m'aime, mais que je suis comme ce type qui n'a que de titre le mot "père", que je suis "une erreur", je veux partir loin et ne plus jamais la revoir, j'irais en internat.

J'ai 13 ans, je suis entourée d'ados difficiles, entre nous, on se monte encore plus le bourrichon, mais là au moins, j'ai l'impression d'être comprise.

Je traîne avec des plus grands, je me mets à fumer, je crève d'envie de plaire et de ne plus être "la grosse", alors la semaine, je ne mange pas ou tout juste ce qui me permet de ne pas faire de malaise.

Le weekend, j'ai faim et je mange à m'en faire crever l'estomac.

De toute façon, ma mère et moi ne mangeons plus ensemble, elle me prend pour une ado dégénérée et ne m'aime déjà plus (m'a-t'elle déjà aimé un jour ?)

Je ne suis pas souvent chez moi le weekend, je préfère être chez une amie dont la maman est extrêmement douce et aimante.

Je m'y sens comme chez moi et redeviens un peu une enfant en sa présence, mais une fois de retour à l'internat, je suis cette autre.

Je deviens provocatrice, cela me permet d'attirer l'attention des garçons et enfin je plais !

Mais il est déjà trop tard, je n'arrive plus à me nourrir correctement, lorsque j'essaie, je grossis et cela m'angoisse terriblement.

J'ai 14 ans, j'ai menti sur mon âge et sort avec un garçon beaucoup plus vieux que moi, il ne supporte pas les filles "grosses" et je perds encore du poids.

J'ai 15 ans, je rencontre Machoman, je pèse 55 kilos.

Machoman lui, c'est un bon vivant, nous passons beaucoup de temps ensemble, je me détends, je me laisse aller.

Moi qui ne mangeais plus de viande depuis bien longtemps, je finis par en manger.

Je reprends du poids, au début cela m'effraie, j'ai peur qu'il ne me quitte parce qu'il me trouve grosse, mais il n'est pas comme ça.

Je me sens aimée, je me sens choyée, il me sort de cet état de veille permanente et je grossis.

J'ai 17 ans, j'ai tellement grossi en 2 ans, que je fais 90 kilos.

Ma mère me demande si je suis enceinte tellement j'ai grossis, elle me dit que je suis obèse.

Venant d'elle, cela m'agresse, cela m'écorche et n'arrange pas nos relations, alors je mange comme à mon habitude pour me sentir mieux.

Je ne connais pas d'autre fonctionnement, la nourriture est devenu ma drogue.

J'ai 22 ans, j'ai un enfant, j'ai passé le cap des 100 kilos.

Au début, ça m'a fait un choc de voir 3 chiffres sur la balance et puis, petit à petit, cela ne me fait plus rien, je ne me pèse plus.

Ma mère a décidé de couper les ponts, je suis sous le choc, je me sens VRAIMENT orpheline.

J'ai 23 ans, je me hais, je commence Weight Watchers et c'est une réussite, mais mes problèmes du quotidien ne s'envolent pas avec les kilos et malgré - 35 kg.

Les gens sont devenus gentils avec moi, on me souris, on me propose une place dans le bus pour m'assoir car je suis sur talons hauts et que je suis "sans doute fatiguée par ma journée", on m'aide à ranger mes courses...

Je rentre dans du 40/42, ce qui pour moi est une nouveauté (si tu veux voir ma tête à ce moment c'est là ), je n'ai pas besoin d'essayer les vêtements dans les magasins pour savoir qu'ils me vont et ça me rend heureuse.

Mais, je me laisse une fois de plus balayer par mes émotions, je mange tout, n'importe quoi, à n'importe quelle heure, dans des quantités folles.

Je remplis le vide que j'ai en moi.

J'ai 24 ans, ma mère revient vers moi, mais la relation est largement consumée, nous sommes encore plus des étrangères qu'avant, le fait d'entretenir cette relation avec elle, d'arrondir les angles pour que tout le monde aille bien me fait mal, me fait souffrir.

Chaque appel me tend, chaque visite (1 par an) me fait souffrir au point de ressentir des douleurs thoraciques, il faut que cela s'arrête.

A mon tour, je décide de couper les ponts, après que l'annonce de ma grossesse ait été la goute d'eau en trop.

J'ai 26 ans, nous sommes le 9 mai, je suis enceinte, je pèse 127,5 kg et non seulement je sais que je suis grosse, mais on me le dit clairement.

J'ai mal partout, je me traine et mes chevilles portent mon fardeau.

Les gens ne me sourient plus, plus personne ne m'aide à porter mes courses quand je suis chargée comme une mule ET avec deux enfants, les gens regardent mon caddie d'ailleurs lorsque je fais mes courses, sans doute en pensant y trouver de la junk food.

J'ai honte que mes ami(e)s me voient comme ça et surtout que les amis de Machoman puissent me voir, j'ai honte pour lui en fait.

Je suis éssouflée pour pas grand-chose et je ne mets plus que des leggings car je ne sais plus vraiment quoi porter.

Cela fait 15 ans que mon corps subit, que mon esprit agonise, pour en revenir à la phrase clichée du début du billet, voici ma faute.

Cette histoire est la mienne, mais il ya autant d'histoires que de personnes obèses.

l'obésité est une maladie et un énorme handicap, te moquerais-tu d'une personne en fauteuil ?

Depuis deux mois, je vais mieux, j'ai repris WW sans me mettre de pression, je travaille au quotidien sur moi pour apprendre à m'aimer, me pardonner et surtout ne pas recommencer.

Et pour celles et ceux qui aimeraient me conseiller d'aller voir un psy (idée qui est en construction dans ma tête pour le moment, mais qui ne se fera pas tout de suite, de peur de sortir trop de choses d'un coup), lis ceci à propos de mon blog " Pourquoi un blog, plutôt qu'une bonne psychothérapie "

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Nolwenn 13/07/2015 12:59

Je ne te conseillerai pas le psy parce que le psy c'est trop long.
Je te conseillerai l'hypnose/l'EMDR/PNL. Parce que je suis passée par là et que grâce à ça j'ai appris à m'aimer, vraiment. Parce que si c'est possible. Par la suite en aimant mon corps j'ai totalement changé d'hygiène de vie. J'ai perdu mes quelques kilos qui me pourrissaient la vie (tu les trouverai certainement superflus) et surtout je sais et je sens que cela est désormais durable, à vie.
Et je te le conseille aussi car ma mère (ex-grosse victime dans sa jeunesse des mêmes horreurs de la connerie humaine que toi) exerce tous les jours et que dans tous les domaines, ça change la vie.

Caro 11/07/2015 00:18

J'ai lu ton article suite à ton article du jour sur le tablier et tes mots me parlent. Je suis dans cette situation mais moi, j'ai une maman aimante. Juste une histoire banale avec des événements marquants qui m'ont bousillée de l'intérieur. Moi, je ne dis pas mon poids mais je vois ces regards des Autres depuis mes 10 ans. J'ai toujours été la grosse et je n'ai pas fait d'anorexie mais de la boulimie puis de l'hyperphagie. Ca me fait tellement écho que les larmes montent comme si tout ce que j'enfouis pour pouvoir vivre voulait sortir. J'ai envie de changer, je sais quoi faire mais j'ai peur, peur de tout rater. Plus de 20 ans de régimes en tout genre, ça fatigue. Comment as tu eu l'énergie de faire ça ?

Myhappy-D 28/02/2015 00:36

tu sais quoi ? je chiale toute seule là devant mon PC tellement ton article me parle, j'ai l'impression de me lire et de lire la relation pourrave que j'ai avec ma mere et qu'elle, a avec mon poids....
Drôle de lire ça, je te comprends O combien....

Julie 01/03/2015 17:58

Je suis désolée si mon billet t'as provoqué du chagrin. C'est tellement difficile lorsqu'on a des rapports compliqué avec ses parents alors qu'on aurait envie qu'ils jouent leur rôle... de gros bisouuuuus <3 <3

Estelle et ses poussières 25/02/2015 14:03

Merci pour ce joli témoignage qui parlera à toutes les femmes... Qui n'a pas fait un jour de régime pour ressembler à ce que la société dicte, peu importe le poids indiqué sur la balance?

Estelle et ses poussières 25/02/2015 14:03

Merci pour ce joli témoignage qui parlera à toutes les femmes... Qui n'a pas fait un jour de régime pour ressembler à ce que la société dicte, peu importe le poids indiqué sur la balance?

Julie 01/03/2015 17:56

Merci de m'avoir lue Estelle<3